Maternité

Accepter nos émotions négatives lorsque l’on est parent

20 juin 2018

Ma fille est sans conteste le plus beau cadeau que j’ai reçu de l’Univers. C’est un absolu. Cet amour là, je ne savais pas qu’il existait avant de la tenir dans mes bras le 7 juillet 2017, ce jour où ma vie a basculé. Bientôt un an que ce petit Être rayonne de Joie et que chacun de ses rires suffit à engendrer un tourbillon de papillons dans mon coeur. Je n’imagine plus ma vie sans Elle. Devenir maman, ça a aussi été une naissance à moi-même : j’ai découvert des aspects de moi que je ne soupçonnais pas. Mais devenir parent c’est aussi expérimenter cet étonnant paradoxe : avoir un enfant c’est 100 fois plus génial que ce qu’on imaginait avant,…mais c’est aussi 100 fois plus difficile ! A l’heure où l’on nous rebat les oreilles avec le concept de « parentalité positive », on en arrive à un stade où les parents qui composent tant bien que mal avec la réalité du « terrain » finissent par se murer dans la culpabilité voire la mésestime d’eux-mêmes.

Dans l’intimité des consultations que je mène en naturopathie, les mamans se confient souvent à moi sur les difficultés qu’elles rencontrent : gérer la fatigue, élever au mieux son ou ses enfants en tenant compte de leurs particularités & de leur unicité, tout en réussissant à se préserver elles-mêmes dans leur identité & leurs projets. Car c’est ici, je le pense, que nous arrivons au coeur du problème : ce qui se joue en nous, lorsque nous sommes parents, c’est cette tension a priori insoluble qui s’opère entre notre volonté de donner le meilleur à notre enfant & notre besoin irrépressible de nous accomplir en toute liberté. Dans cet article, je m’adresse à toutes les mamans & tous les papas qui souvent parfois en ont ras-le-bol, qui n’osent pas l’exprimer et qui culpabilisent ou craquent en silence : il est plus que temps d’accueillir & accepter nos émotions ♡

 

La révolution de la parentalité positive

Soyons clairs : je suis convaincue que l’humanité (tout du moins une partie) a fait de grands progrès concernant l’éducation des enfants. Et je suis notamment une immense fan du magnifique travail d’Isabelle Filliozat qui développe le concept de parentalité positive. Quand j’étais petite, je me souviens qu’un martinet était accroché au mur de la maison d’amis de mes parents qui avaient trois enfants. Cela me terrorisait et je bénissais la Vie de ne pas m’avoir fait naître au sein de cette famille où les coups de martinets étaient une réponse évidente à tout ce qui était jugé comme un « débordement » des enfants. A cette époque – nous parlons des années 80 – ce mode d’éducation des enfants paraissait encore acceptable bien qu’heureusement pas unanimement partagé. Aujourd’hui, ces maltraitances ne sont plus banalisées, et avec la parentalité positive c’est une nouvelle ère qui s’est ouverte : celle de la communication & de la compréhension des émotions de l’enfant. Seulement cette révolution ne s’est malheureusement pas accompagnée de la compréhension des émotions des parents.

 

De la bienveillance à la culpabilité

Nous voulons tous le meilleur pour nos bout’chous. Quand on n’est pas encore parent, et même pendant toute la grossesse, nous sommes pétris d’idées & de certitudes sur le genre de parents que nous souhaitons être, et le type d’éducation que nous voulons donner à nos enfants. Ça ressemble un peu à un enchantement, convaincus que nous sommes de détenir les clés d’une parentalité harmonieuse. Et puis un jour, on tient pour-de-vrai un bébé dans nos bras et nos jolis idéaux se brisent sur le ressac de la réalité. Les nuits sont courtes et entrecoupées, les biberons ou les tétées se succèdent, les pleurs s’invitent à toute heure, le besoin d’attention est quasi permanent. La fatigue gagne du terrain, inexorablement. Parallèlement au bonheur incommensurable de voir s’éveiller un petit être, grandit le besoin de retrouver du temps pour soi, rien qu’à soi. Et un peu silence ! Précieux silence… Le temps du quatre-pattes arrive, et nous voilà à surveiller en permanence notre bambin, tout fier d’avancer et curieux de son environnement : chaque seconde est l’occasion d’une bêtise et le besoin d’interaction est presque constant. En fait, OUI c’est vrai, être le témoin du développement de la chair de sa chair est sûrement l’un des plus beaux spectacles qu’il vous sera donné de voir, MAIS il est vrai aussi que cela peut de temps en temps s’accompagner d’un ras-le-bol, voire d’un découragement des parents. Chez certains, cela peut aussi prendre la couleur de la déprime, pour d’autres de la colère, ou encore de l’anxiété. La palette des émotions négatives est propre à chacun, à son tempérament. Ces émotions négatives existent bel et bien mais la bien-pensance environnante nous empêche tout bonnement de l’exprimer car elle est mal perçue. Petit à petit, le piège pourrait être de se réfugier dans un discours de convenance où nous nous exaltons publiquement sur la joie d’être parent alors que l’intimité est toujours plus nuancée. Car cette parentalité positive au discours lissé a vite fait de se transformer en une injonction à la bienveillance. Derrière cette jolie philosophie de l’éducation se cache trop souvent, je l’ai constaté, le diktat sociétal du « bonheur d’avoir des enfants ». C’est ainsi que prennent naissance les doutes sur notre capacité à être de bons parents et que la culpabilité pointe le bout de son nez. Car oui, parfois, je perds patience, j’hausse le ton.

 

Parfois, je perds patience.

La patience est une vertu que nous n’avons pas d’autre choix que de cultiver quand nous devenons parent. J’ai de la chance : je suis d’une nature plutôt patiente justement et mon chemin de vie m’a appris la tempérance. Je ne suis pas femme à me mettre en colère facilement et pour me faire sortir de mes gonds, il faut déjà avoir pas mal tiré sur la corde ou bien que je ressente de l’injustice. Pourtant, il m’arrive parfois de perdre patience avec ma petite fille bien-aimée. Cela se manifeste de deux façons : je peux hausser sacrément le ton pour intimer un ordre ou je peux carrément me mettre à pleurer. Quand j’en arrive là, c’est que les nerfs ont été mis à rude épreuve pendant un bout de temps et que je suis vraiment fatiguée. Dans ces moments-là, je ressens en général un grand découragement, j’ai la sensation que je n’y arriverai jamais et en mon for intérieur je me dis que « c’est fini, je ne serai plus jamais tranquille ! » et je repense avec nostalgie à l’époque où je n’avais pas encore d’enfant. Chez vous, ça peut prendre une toute autre forme bien sûr. Ce peuvent être des paroles que l’on regrette par exemple, des gestes un peu trop brusques, ou encore un manque d’attention etc.

Quand je me suis laissée aller à ce type de débordement, j’en ressens consécutivement systématiquement de la culpabilité mêlée d’une forte mésestime de moi-même. J’ai l’impression d’avoir lamentablement échoué dans mon rôle de mère, d’être un mauvais parent. Je pense alors à des amies qui sont mamans elles aussi et je m’imagine qu’elles sont tellement mieux que moi, qu’elles n’haussent jamais le ton, que leur patience est inébranlable. Bref que les Autres sont parfaits alors que je suis siiiii nulle. C’est ainsi que grandit en nous une boule d’émotions négatives dont nous n’osons parler à qui que ce soit et qui in fine peut faire basculer certains dans la déprime voire la dépression.

 

Accueillir ses émotions négatives

Le vrai écueil, ce n’est pourtant pas d’avoir cédé ce jour-là à un comportement que nous aurions souhaité éviter. Car oui, ça arrive d’en avoir par-dessus la tête. Ce n’est pas grave, c’est même juste normal en fait, nous ne sommes pas des robots. Il est temps de déculpabiliser, de lâcher-prise, d’accepter que la perfection n’est pas de ce monde, et qu’en tant que parent nous faisons de notre mieux et que c’est déjà formidable. L’écueil à mon sens c’est plutôt de ne pas avoir su accueillir ses émotions, de ne pas les avoir reconnues pour ce qu’elles sont, de les avoir enfouies, refoulées honteusement car elles ne correspondaient pas à ce que l’on attend d’une bonne mère ou d’un bon père. Le danger, c’est que ces émotions négatives s’accumulent et que cela atteignent directement votre image de vous-même et votre énergie. Une fatigue émotionnelle peut alors se surajouter à une fatigue physique. Dans ces conditions, le burn-out n’est plus très loin.

Être parent, c’est une occasion quotidiennement renouvelée de cultiver la bienveillance envers soi-même dont j’ai déjà parlé dans un récent article. C’est réussir à s’observer dans les moments difficiles en ne portant pas un regard jugeant et acéré sur soi. Être parent, c’est avant tout faire preuve d’une immense humilité face à la responsabilité qui nous incombe. C’est au creux de la conscience de cette humilité qu’il nous faut trouver la recul nécessaire pour faire face à ces émotions qui nous envahissent. Nous ne sommes pas cette colère, nous ne sommes pas cette impatience etc. Ce ne sont que des émotions qui nous traversent. Avez-vous remarqué comme les émotions refluent sur nous comme des vagues ? Ça parait presque irréel quand elles sont passées, comme un rêve sans consistance. Plutôt que de lutter contre (ce qui est voué à l’échec !), mieux vaut prendre la vague justement, la laisser nous atteindre en l’accompagnant doucement, en l’accueillant plutôt qu’en y résistant. Et une fois qu’elle est passée, on peut ainsi mieux voir arriver la seconde vague et l’anticiper. Cela ne fait pas de nous de mauvais parents. Nous sommes juste parfois débordés par les circonstances. Et justement, ce sont ces circonstances qu’il nous faut réussir à identifier.

 

Comprendre les circonstances

Comprendre les circonstances qui ont amené à éprouver ces émotions négatives est une clé essentielle dans le processus visant à mieux vivre sa parentalité et faire preuve de bienveillance envers-soi. A ce propos j’ai remarqué que ce qui déclenchaient le plus souvent les émotions négatives chez les parents sont en premier lieu la fatigue et en deuxième lieu l’impossibilité d’accomplir une action pour soi car notre enfant réclame notre attention. Par exemple, quand j’ai très envie de lire tranquillement ce bouquin mais que ma fille hurle dès que je n’ai pas le regard porté sur elle. Ou encore qu’on a envie de diner tranquillement en amoureux mais qu’elle a décidé de ne pas rester dans son lit. Il y a bien d’autres circonstances possibles bien entendu, comme la peur de se faire remarquer en public lorsque notre enfant est agité ou encore la lassitude face à un comportement répétitif etc etc etc…. La liste est longue. Mais j’ai tout de même identifié les deux premières circonstances comme étant au fondement de la majeure partie des émotions négatives qui s’accumulent chez les parents.
Dans ces moments-là donc, on a vite fait d’avoir l’impression que la fatigue s’est installée pour toujours, qu’elle est désormais notre détestable compagne de route. Et par-dessus le marché, on assimile la parentalité à un sacrifice insoutenable : celui de notre liberté. Plus l’enfant est jeune, plus il est dépendant de nous et moins nous nous appartenons. L’enfant est nécessairement la priorité, et il sait nous le rappeler quand nous essayons de nous faire croire à nous-même que « non, c’est juste quelque chose en plus ».

 

Habiter l’instant présent & conscientiser sa fugacité

Se sacrifier pour ses enfants le sourire aux lèvres est un concept valorisé dans notre société. Mais soyons honnête, personne n’a envie de se sacrifier. Ce que nous souhaitons vraiment c’est réussir le petit miracle d’offrir le meilleur à nos enfants tout en faisant exactement ce que nous voulons à côté. Haha ! J’ai compris que ce petit miracle là était impossible. Et c’est justement quand on se rend compte de cela que les émotions négatives peuvent nous envahir. On se demande dans quel traquenard on s’est fourré. On résiste à l’idée. Et c’est à ce moment qu’en tant que parent on se retrouve en souffrance. Dans cette résistance à ce qui est mêlée à la culpabilité que nous ressentons à éprouver de telles émotions négatives au sujet de ce qui compte pourtant pour nous plus que tout au monde : notre enfant. Car tout cela n’a absolument rien à voir avec l’amour que nous leur portons. Cela a à voir avec la frustration. Et c’est la bonne gestion de cette frustration qui vous permettra de vous libérer de vos émotions négatives, ou tout du moins de les accueillir donc de ne pas en faire une maladie (au sens propre comme au figuré).

La 1ère clé, c’est de se rappeler que tout cela n’est que temporaire. Bientôt, et assurément trop vite, nos enfants seront des adolescents qui n’auront plus aucune envie de passer du temps avec nous. Bientôt, ils seront des adultes et vous râlerez parce qu’ils ne vous téléphonent pas assez. Bientôt, ce petit ange qui réclame vos bras et des câlins n’aura plus du tout envie de se blottir contre vous. Conscientiser cette impermanence permet de ne plus subir mais de savourer l’instant présent.

La 2e clé, c’est justement de pleinement habiter l’instant présent. Quand vous êtes avec votre petit, ne prévoyez pas de faire autre chose. Si vous décidez d’être ici et maintenant avec lui, vous échappez à la frustration de ne pas réussir à faire autre chose. Cet autre chose sera fait en temps et en heure, plus tard, quand il sera à la crèche/à l’école/en train de dormir etc. C’est seulement quand vous aurez vraiment pris cette décision d’être entièrement présent à votre enfant quand il est à vos côtés que vous déjouerez le piège des émotions négatives liées à la frustration. Il s’agit d’accepter qu’il y a un temps pour tout. Ce soir, demain, cet été, dans 5 ans peut être ? Mais votre enfant, lui, va grandir et ces moments précieux avec lui ne reviendront pas. Habitons pleinement des instants.

Dans quelques jours seulement, ma fille aura 1 an. Je me sens submergée d’émotions quand j’y pense et que je la vois, toute intrépide qu’elle est à déambuler aux quatre coins de la maison. Hier encore, elle était dans mon ventre, hier encore, elle était presque immobile dans son petit couffin. Et la voilà avide d’explorer le monde. Une petite année et mon bébé s’est transformé. Je m’interroge souvent sur quel genre de maman je suis, sur comment je pourrais mieux faire. Et j’ai compris qu’une des façons de « mieux faire » serait d’arrêter de me juger en tant que maman. D’accepter que certains jours sont plus difficiles que d’autres mais que c’est ok, je gère. D’accueillir mes émotions négatives quand elles m’envahissent, de reconnaître leur existence et de les laisser passer. Et puis surtout continuez à l’aimer de cet amour le plus fort et le plus pur qui soit.

Vous êtes formidables, prenez soin de vous ♡

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